S’ennuyer, ce n’est pas toujours agréable. Dans un monde où l’on a l’habitude de faire plein de choses tout le temps, quand on n’a rien à faire et que l’ennui tape à notre porte, c’est souvent le désarroi.
Pourtant… l’ennui est un allié précieux, surtout pour nos enfants. Lorsque l’on est petit, il est essentiel d’apprendre à s’ennuyer. Dans l’ennui, on apprend à attendre, à espérer, à imaginer et surtout, à ne plus « faire » dans l’unique but de « combler » le temps qui passe.
« Il y a loin du vrai repos à l’apathie. Dans l’oisif le vulgaire voit un homme retiré de tout, libre de crainte, qui se suffit et vit pour lui-même, tous privilèges qui ne sont réservés qu’au sage… Au reste, c’est une si belle chose d’être constant et ferme dans ses résolutions, que même la persévérance dans le rien faire nous impose. »
Sénèque, Lettre LV, in Lettres à Lucilius, 63-64 apr. J.-C.
Dans son article « Du loisir de s’ennuyer », Christophe Ferveur nous dit : « L’ennui porteur de promesses créatives c’est l’ennui comme ce temps suspendu nécessaire entre le jeu fini et celui à venir. Une certaine expérience vécue du temps donc, indispensable au travail structurant de l’attente, et, par-là, au traitement hallucinatoire de la frustration, si essentiels dans la construction des sentiments d’unité et de continuité d’être chers à D.W. Winnicott. »
Autrement dit, lorsqu’un enfant n’est pas stimulé par l’extérieur, il retourne à son intérieur. Dans l’ennui, l’enfant se reconnecte à lui-même, il apprend à patienter, à vivre ce temps « d’entre-deux » entre une activité et une autre, comme un temps précieux pendant lequel il peut apprendre à maîtriser sa frustration.
Le rôle du parent est ici également très important, car comme nous le savons maintenant, au tout début de leur vie les enfants fonctionnent par imitation. Plus nous apprendrons en tant qu’adultes à nous ennuyer, plus nos enfants le feront également.
Un parent qui sait apprécier l’ennui, c’est un enfant qui saura également utiliser l’ennui comme une porte vers son imaginaire, sa créativité et sa capacité d’attente. Des éléments indispensables qui lui permettront à terme de mieux tolérer la frustration dans un monde où nous avons tout, rapidement.
Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur les différences entre l’ennui porteur de sens, de créativité et d’imaginaire et l’ennui qui nous pousse à la mélancolie, l’article de Christophe Ferveur est une vraie richesse de réflexion à ce sujet.
Quelques pistes pour apprivoiser l’ennui avec votre enfant
- 1
Résistez à l’urgence de combler. Quand votre enfant dit « je m’ennuie », attendez quelques minutes avant de proposer une solution. Ce blanc inconfortable est déjà le début du travail.
- 2
Réduisez les écrans pendant les temps libres. Les écrans court-circuitent l’ennui avant même qu’il ait le temps d’apparaître. Un temps sans téléphone ni tablette est un espace ouvert à l’imaginaire.
- 3
Aménagez un coin de jeu libre. Quelques objets simples (feuilles, crayons, petites figurines, tissus) suffisent. Le jeu non structuré, sans règles ni objectif imposé, est le terrain naturel de l’ennui créatif.
- 4
Montrez l’exemple. Laissez-vous vous-même parfois ne rien faire — sans téléphone, sans tâche. Un adulte qui sait s’arrêter enseigne à l’enfant que ce temps a de la valeur.
- 5
Acceptez les moments calmes du quotidien. En voiture, en salle d’attente, dans la nature : ces petits creux sont des occasions précieuses de laisser la pensée vagabonder.
- 6
Évitez de planifier chaque moment des vacances. Des journées avec des plages vides, sans programme, sont souvent celles dont les enfants se souviennent le plus longtemps.
