Parentalité & Bien-être

La guidance parentale, qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?

Par Chloé Papegaey — Psychologue Clinicienne

« La guidance parentale ne peut changer les attitudes parentales qu’en induisant, au moins indirectement, une évolution du parent lui-même. »

Vincent Laupies, psychiatre — La guidance parentale, ses liens avec la psychothérapie et la bientraitance

Ce n’est plus un secret, être parent ce n’est pas simple. Il n’y a pas de mode d’emploi pour devenir un « bon » parent, et puis finalement, c’est quoi « être parent » ?

En séance de guidance parentale, ce sont précisément ces questions-là que l’on vient travailler.

J’ai choisi cette phrase de Vincent Laupies car je trouve qu’elle résume parfaitement ce que j’essaie d’apporter lors des séances de guidance parentale.

Faire le parent ou vivre comme parent ?

Il existe une réelle différence entre « faire le parent » et « se vivre comme parent ».

En psychothérapie individuelle, il s’agit pour le psychologue de faire évoluer la personne dans différentes dimensions de sa vie. En guidance parentale, l’objectif est de faire évoluer l’individu dans ses fonctions parentales.

Mais peuvent-elles réellement exister l’une sans l’autre ? Peut-on faire de la guidance sans faire une forme de psychothérapie, finalement ?

Ce que je dis souvent aux parents que je vois en guidance parentale, c’est que cet accompagnement dans votre fonction parentale se reflètera forcément sur ce que vous êtes en tant qu’individu.

Pour moi, les deux coïncident. Car être parent réveille ce qu’il y a de plus profond en nous : nos mécanismes de défenses, nos schémas de pensées et d’agir. Si la guidance se veut avant tout un espace pour penser la parentalité, il me semble que l’on ne peut la dissocier de la psychothérapie de façon nette.

Passer du « faire le parent » à « agir comme parent » n’est pas simple. Pour certaines personnes, se penser comme parent et vivre comme un parent n’est pas une évidence.

« Ceux qui sont en difficultés ne réussissent pas à mettre en œuvre ces conseils. Cela augmente leur sentiment de dévalorisation et de culpabilité. Ils arrivent, parfois, à faire ce qui leur est demandé, au prix d’une suradaptation artificielle. Cependant, comme ce « faire » n’est pas ancré dans un « agir », il n’est pas durable. »

Vincent Laupies

Je pense que pour changer en tant que parents, il est nécessaire de changer en tant qu’individu.

Pour que le « savoir-faire » s’ancre vraiment dans la personne, il faut qu’il s’accompagne d’un « savoir-vivre ». L’individu non seulement apprend à faire plus de choses, mais devient plus vivant. Il habite ses actes de l’intérieur et pas uniquement de l’extérieur. Ses actes deviennent à proprement parler « les siens » et non ceux d’une autre personne qu’il imiterait.

La question de la bientraitance

La difficulté principale que nous rencontrons lors d’une guidance parentale est la suivante : comment faire passer du « savoir-faire » au « savoir-vivre » ? Comment garder en tête une base de bientraitance tout en prenant en compte le vécu singulier de chaque parent ?

Il est essentiel d’y faire attention, car il est rapide de tomber dans une forme de classement « bon parent » / « mauvais parent » si l’on se réfère uniquement à des critères figés de bientraitance.

Se baser uniquement sur ces critères revient à considérer la parentalité dans le seul « faire » — les comportements extérieurs du parent — sans prendre en compte l’évolution de la personne en ce qu’elle est et ce qu’elle peut devenir.

En guidance parentale, éviter la maltraitance est un point central. Mais comme le note Vincent Laupies, la notion de maltraitance repose elle aussi sur un paradoxe : ce qui est violent pour certains ne l’est pas pour d’autres.

On ne peut pas dire que le « faire le parent » est forcément bien, car on tomberait dans un registre binaire : soit on est un parent normal et compétent, soit on ne l’est pas. Faire de la guidance en pensant le « faire » comme la norme, c’est tenter de faire rentrer le parent dans une case dans laquelle il n’arrivera peut-être jamais à évoluer.

À mon sens, la guidance parentale doit travailler autant le « faire » (les actes externes) que l’« agir » (s’approprier ces actes en tant que parent). On ne peut faire de la guidance parentale sans faire évoluer l’individu dans son vécu en tant que parent — et si l’on évolue en tant que parent, on évolue en tant qu’individu.

La guidance parentale repose sur l’évolution du parent vers un horizon : vers la croissance et l’accomplissement en tant que parent, et pas uniquement sur la mise en place de « meilleurs comportements ».

Autrement dit, il n’est pas possible de « faire le parent » sans « vivre comme parent ». La seule acquisition de compétences, sans transformation personnelle, n’est pas durable.